
A Rome, déjà, les lettres de Cicéron, les manuscrits de Virgile, les carnets de l’empereur Auguste étaient précieusement conservés. Puis, pendant des siècles, l’écriture fut surtout une affaire de moines et de copistes. Le prestige de l’écriture manuscrite se perdit un peu.
Ce n’est à l’époque de la Renaissance italienne que le goût des collections reparut, et que les manuscrits furent de nouveau recherchés. Dès le XIVe siècle, les Rois de France en possédaient une collection importante dans leur château du Louvre, et leur exemple fut bientôt suivi.
Au XVIème siècle, la mode des albums, dits album amicorum, sur les feuillets desquels on faisait écrire ses amis et parents, se développa en Europe, notamment en Allemagne et aux Pays-Bas.
C’est Philippe de Béthune, frère de Sully, et son fils Hippolyte, qui constituèrent la première collection d’autographes. A l’aide des archives de leurs familles et de celles de familles amies, ils formèrent au début du XVIIème siècle une collection de lettres originales de personnages illustres, classées par règne, qui comprend sept cent cinquante volumes, qui figure parmi les trésors de la Bibliothèque nationale de France.
Ils furent imités par de nombreux amateurs éclairés, parmi lesquels Roger de Gaignères, qui rassembla une collection de plus de vingt cinq mille pièces, et l’offrit à Louis XIV, le 19 février 1711. Cette collection se trouve aujourd’hui à la Bibliothèque nationale, dont elle constitue l’un des fonds les plus importants.
Au début du XIXe siècle, on trouve encore des lettres rarissimes à prix modique, mais tout au long du siècle les valeurs augmentent, les collectionneurs se multiplient, et les premières ventes aux enchères marquent les véritables débuts du marché des lettres et manuscrits
En 1822, le journaliste et avocat Villenave publie le premier catalogue de lettres autographes; en vue de la vente de sa collection par le libraire Pluquet. L’année suivante, c’est en Angleterre que l’on signale une autre vente importante, celle de la collection Anderson par Sotheby’s.
Dispersée aux enchères par sa fille après sa mort (en 1865), la collection de Villenave reste une référence, et aujourd’hui encore, les pièces qui en proviennent sont souvent signalées lors des ventes aux enchères. On y trouvait des autographes de Bonaparte, Bossuet, Carrache, Catherine de Navarre, Condorcet, Diderot, Fénelon, Louis XIV ou Jean-Jacques Rousseau.
En 1836, la publication à Paris du Manuel de l’Amateur de l’Autographeet Recherche sur les Autographes par P.-Jul. Fontaine indique le succès croissant des autographes.
Et c’est en 1843 que Jacques Charavay publie son premier catalogue de vente, qui sera suivi de 75 autres. Les Charavay sont une importante famille de chercheurs et marchands d’autographes parisiens.
Le succès de ce marché ne s’est pas démenti depuis deux siècles, et, pour ne citer que la France, de grands collectionneurs comme le libraire et mécène Pierre Berès ou l’industriel Jacques Guérin font partie de la légende dont les anecdotes animent les conversations des passionnés .
Plus récemment, à partir des années 1990, les ventes publiques se sont intensifiées dans de nombreux pays, et notamment aux Etats-Unis où des personnalités comme Bill Gates ou Malcolm Forbes mettent leurs fortunes colossales au service de leur passion des manuscrits, et où les records de prix ne sont pas rares.


